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         L'immobile retiré du monde.





(Photo philippe Boussion)



        Chanson arrachée à la gorge d'une prairie sauvage. Hécatombe des herbes tourmentées aux parois de l'effondrement.
        En enjambant ces lieux où graineront de nouveaux cœurs, le vent qui se souvient de l'évocation fragile des épines, cherche le passage vers l'immobile et la résurrection.
        Aux temps froids qui volent la vigueur des arbres, l'hellébore offre la blancheur de ses pétales. Fleur sans abeille, sans odeur, cocon aux lèvres de la brume, fontaine lumineuse aux mains de la nuit.

        Au fond des bois j'envisage l'écriture de l'arbre qui flâne avec moi dans les ficelles des sentiers et je sens comme mien son torrent de sève.
        L'arbre éteint les radios de nos matins et sur nos tempes offre la poésie d'un escargot sur un brin d'herbe.
        L'arbre embrasse le paysage du lierre et laisse ruminer nos objets à l'orée de nos envies.

        L'arbre construit le temps et habite le souffle du vent. Il dépouille notre solitude de l'insoutenable modernité et des diagrammes du profit.
        La lutte de l'arbre aux origines de notre parole commence l'itinéraire révolté des hannetons. Là où nous allons vérifier notre vide et le mutisme de nos inconscients corridors buttant contre nos géométries existentielles.
        L'arbre nous montre la vie dedans et nous ne voyons que la vie autour dans laquelle nous marchons par habitude. Il nous montre le soleil enfermé de mille tourments. Il nous remplit de la chaleur ridée de ses flancs.

        Nous tournons en rond dans l'autre, chacun sa réflexion, son chemin. Aller vite dans le désordre de la vie perdue dans le numérique.
        Je regarde l'arbre en aparté. Mystérieuse amitié sous le murmure et l'ivresse des plaisirs d'une modeste écorce. Je vois la beauté d'un corps qui jubile sans paroles.
        Il faut le regarder longtemps pour l'entendre respirer et sentir la géographie de sa beauté, la fantaisie de son regard, l'intérieur sonore de ses espoirs et de ses bonheurs.
        L'arbre a des vérités sur nos épiphanies. Il nous donne l'intime d'une étendue où s'effacent les grondements du monde.


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Goutte à goutte s'éteignent les oiseaux.
Pas à pas la mort arrive de l'oubli des arbres.


Guerres anecdotiques, mots broyés par le sang, empreintes nucléaires.
Mes pieds irradiés marchent dans la douleur et la tendresse de l'arbre.
Comment sourire quand s'entrechoquent ses branches ?


Voir le bonheur consumériste - Steve Cutts