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         Le merle





(Photo Philippe Boussion)



        J'apprends le merle. J'aimerai parler avec lui. Vous connaissez le merle quand il attaque le petit matin ? Moi, son chant me foudroie. Il prend mon réveil par le ventre.
        Le merle est le voisin du soleil et il en a le même phrasé lumineux. Avec le style en plus. Faut dire qu'il a de ces élégances dans les ailes, le merle, quand il fait des courbettes sur mon petit déjeuner.
        Il a du rythme dans son smoking et de l'aisance dans ses révérences. Il y a de la transparence dans ses ariettes et de l'obstination dans son bec quand le grelot de ses sérénades dévale de la branche.
        Le matin, je m'ajuste toujours pour être en harmonie avec le merle. Le merle ouvre la lumière du cœur et prolonge l'amour que le monde puise dans son ramage.
        J'aimerai savoir le merle. J'aimerai vagabonder dans les trajectoires de ses mélopées. Dans ses géographies inlassablement en mouvement.
        Le merle est une énigme. Il sait à merveille composer avec la distance qui le sépare de mon petit déjeuner. Le merle c'est l'expérience de la distance. Il épie les perspectives et les distractions de mes jours.
        La mesure de son chant est une alternance d'enthousiasmes et de silences. Dans cet éveil, la fuite du temps n'existe plus. Je m'articule avec la pureté de ses notes pour aller à la rencontre du monde.
        Dans ses assauts vers la lumière, le merle construit le monde. Il construit l'irréel des songes qui me propulsent au loin, tout près de l'autre, tout près des autres. Mais que sait-il de mes dérives à vouloir m'expliquer mon chemin ? A vouloir me restituer un temps perdu, fragmenté.
        Le merle met des coquetteries musicales dans mes matins. Comme des promesses d'émotions dans la souplesse de son chant. Sa façon de dire les choses, certainement. Les paroles du merle sont la saveur des secrets enfouis sous mes émotions.
        En écoutant le merle, le matin sur ma terrasse, j'ai la certitude d'être plus accueillant aux sentiments du monde.
        J'apprends le merle pour traduire ses souvenirs, ses émotions, ses expériences, ses paysages. Pour comprendre en écoutant.
        Je ferme les yeux et je découvre sa courtoise quand il explique la place que sa solitude m'accorde dans son souffle. C'est un sacré refrain n'est-ce pas ces vibrations joyeuses posées dans mon horizon ?
        J'apprends du merle la grammaire d'une tendresse inconnue des hommes. J'apprends des sons qui me portent vers la beauté véritable. Allégeance à un genre littéraire et musical libéré et sauvage, inattendu.
        Mon itinéraire est simple, il circule dans les intermittences des pulsations d'un rire qui habite l'horizon de ma terrasse.