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          Lev Nikolaïevitch Tolstoï


            (1828-1910)

            La terre de la paix.

    Le comte Léon Tolstoï est né dans l’élégance mais pas dans le besoin. A sa naissance, en 1828, il ne lui manque rien.
    Des crayons et du papier blanc sont même déposés dans son berceau et dès lors, sa vie est sculptée par et pour l’écriture. Depuis tout petit l’écriture est sa nature comme d’autres sont méchants ou rêveurs ou indécis.
    Le jeune homme de plume a cependant le goût de l’aventure, de l’action voire de la gloire.
    Il rejoint son frère dans le Caucase faire le coup de feu contre les montagnards.
    Le revolver et l’encrier.

    Ici, il écrira ses trois premiers romans autobiographiques. Enfance, Adolescence, Jeunesse.

    Puis c’est sa mutation en Crimée où la Russie vient de déclarer la guerre à la Turquie et à ses alliés français et anglais.
    L’expérience des tourments de la guerre est un chemin difficile pour celui qui porte le rêve et l’amour dans son cœur. Léon Tolstoï est véritablement écœuré par les morts et les grandes souffrances de la guerre. Il accueille la chute de Sébastopol (1) avec soulagement et est définitivement dégoûté de la guerre et de son métier de militaire.

    C’est le début de sa pensée radicalement non-violente. Il ne supporte plus les bénédictions des canons par les églises, ni leurs soutiens aux guerres.
    Il considère que la religion du Christ doit apporter le salut sur la terre au lieu de la béatitude au ciel.
    Pour cela, il est censuré par l’église orthodoxe.

    C’en est fini de la fureur de la guerre, Tolstoï revient vers le bien et l’humain, vers la seule valeur universelle, l’amour. C’est le retour à la terre et à sa vie âpre, rigoureuse et sobre. C’est le rejet de la révolution, du socialisme, des églises, du patriotisme, du militarisme.

    Pacifiste, Tolstoï préconise le végétarisme. Il considère la consommation de chair animale comme « absolument immorale, puisqu'elle implique un acte contraire à la morale : la mise à mort »
    Il donnera toutes ses terres à ses serfs.
    Mystique et anarchiste, Tolstoï correspondra avec Gandhi.

    Écrire c’est simple. On prend un crayon, on le trempe dans ses pensées et on laisse les mots guider sa main sur le papier.
    L’encrier de Tolstoï devait être bien plein.

    Cinq romans (2).
    Une quarantaine de nouvelles, de récits divers ou de contes.
    Trois pièces de théâtres.
    Une biographie.



Léon Tolstoï


Le ciel est empli de brouillard
Ça sent la poudre
Dans ce paysage de spectre.
Ton œil cherche le soleil
Tes pensées cherchent tes poèmes disparus.
La guerre est une fontaine de solitudes,
d’horreurs.


La guerre n’est pas ta nourriture
Elle ne peut pas être ton travail.
Mais voilà que l’extase féconde
revient dans ta poitrine mystique.
Ta terre est enfin là
Avec sa félicité
Avec son infini.


Ta terre se relève
Ta terre s’allume
Ta terre et ses serfs libérés.
Tu ne promèneras plus ton angoisse.
Et à ta table, un festin végétal
Et dans ton verre,
la joie des poèmes retrouvés.


Le bon lait catholique
Est une nausée de fièvre
pour tes candeurs jaunies par le temps.
L’opulence est une crapule
La soumission est une paralysie
Le grand commerce une anesthésie.


Tolstoï
Ta barbe est une voie lactée
où naviguent la vie et l’amour
Et elle nous nourrit de toutes ses constellations.



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     (1) La bataille de la Tchernaïa qui fût désastreuse pour les russes, inspira la seule pièce en vers écrite par Tolstoï.
     (2) Les Cosaques, Guerre et Paix (1600 pages), Anna Karénine, La mort d’Ivan Illich, Résurrection.